Une découverte fortuite

Il y a 25 ans, furent découverts dans les placards des archives municipales jusque là condamnés, de nombreux paquets, tous scellés. Il apparut à l'examen qu' ils contenaient des échantillons de tissus déposés par les manufacturiers, conformément au décret du 18 mars 1806 prescrivant : "Pour la conservation des dessins, la possibilité pour les fabricants d'en déposer un échantillon pour s'en réserver la propriété exclusive pour 1, 3 ou 5 années ou à perpétuité ". Après inventaire, ces toiles constituent une collection de plus de 15000 échantillons déposés entre 1825 et 1927.

Les origines

C'est à partir de la seconde moitié du XVII ème siècle que les premières "toiles peintes" furent importées en France par les bateaux de la Compagnie des Indes. C'étaient de véritables toiles peintes, entièrement exécutées à la main Ces étoffes, d'un prix élevé, n'étaient achetées que par les gens de la Cour de Louis XIV ou la grande aristocratie et connurent un vif succès.

Devant cet engouement et la cherté des tissus, les fabricants, ignorant les procédés de coloration des orientaux, cherchèrent à les imiter en utilisant des toiles de coton importées des INDES. Ces toiles imitant celles venant des INDES furent rapidement appelées des "INDIENNES".

Techniques et Evolution

Impression à la planche

Pour produire rapidement et à moindre coût, l'impression du dessin et des couleurs se fit à l'aide de planches de bois manoeuvrées à la main et dont le dessin était gravé en relief. Il y avait autant de planches que de couleurs, chacune ne portant en relief que le dessin correspondant à la couleur à imprimer.

Le Bleu réserve

Vers 1709, les fabricants de BOLBEC imaginèrent un nouveau procédé pour obtenir des toiles imprimées d'un dessin peut-être moins fin mais d'un prix très bon marché. La toile était revêtue de cire à l'emplacement du dessin, puis plongée dans un bain de teinture généralement bleu. Elle se trouvait teinte, à la réserve des parties  préservées par la cire. On obtenait ainsi des dessins blancs sur fond de couleur bleu d'où leur nom de TOILES BLEU RESERVE.

L'impression au rouleau

L'impression du tissu est effectuée à l'aide d'une machine composée de plusieurs rouleaux. L'un d'eux, gravé en creux, reçoit la couleur d'un autre rouleau qui est imprégnée de cette couleur. D'autres rouleaux mis en mouvement font avancer le tissu qui se trouve imprimé en continu.

Conflits d'intérêt et interdits royaux

Les fabricants de lainages et de soieries qui subissaient une crise économique, accusèrent la concurrence des toiles peintes de leurs difficultés et demandèrent au Pouvoir d'interdire ces nouveaux tissus. Un décret signé de LOUVOIS en date du 26 Octobre 1686 ordonna à toutes les manufactures du royaume de cesser la fabrication des toiles et de détruire tous les moules d'impression. Cette interdiction dura 73 ans jusqu'en 1759, mais fut le départ d'une fraude, d'une contrebande et d'une production clandestine. Des ateliers de BOLBEC continuèrent de produire des toiles imprimées et furent l'objet de procès-verbaux. Devant l'hostilité du public à la prohibition et les pressions des manufacturiers, un arrêt de l'autorité gouvernementale proclama la liberté d'imprimer et d'importer les étoffes.

L'apogée des indienneries bolbécaises

La levée des interdits royaux autorisa BOLBEC à affirmer sa vocation manufacturière. Les familles, qui devinrent de grands noms du textile de la vallée du commerce, trouvèrent dans le développement de cette activité les fonds qui leur permirent de fonder au XIX ème siècle une puissante industrie cotonnière. Les indienneries, passèrent de 20 en 1799, avec 400 à 500 ouvriers, à 27 en 1806 avec 600 à 800 ouvriers selon la saison. La production s'accrut de 106000 à 129000 pièces de 25 aunes et proposait une gamme diversifiée :  toiles traditionnelle "bleu réserve", indiennes à personnages pour "meuble".La fondation à BOLBEC d'une Chambre d'Arts et Manufacture vint en quelque sorte consacrer le succès de cette industrie.

Le déclin

En produisant essentiellement des articles de bas prix, l'indiennerie bolbécaise était touchée dès qu'une crise économique frappait sa clientèle modeste. Ces marasmes économiques ne manquèrent pas entre 1830 et 1850, livrant au chômage une bonne partie de la population. Le marché se rétrécissant, la concurrence devint rude : des 29 indienneries bolbécaises de 1822, seules cinq survécurent en 1850. La fin du XIX ème siècle vit se confirmer le déclin. Après 1898, ne subsistait plus à BOLBEC   qu'une seule manufacture qui employait encore 260 ouvriers en 1910 et produisait 9,5 millions de mètres d'indiennes destinées surtout à Madagascar. Elle cessera toute activité en 1956, fermant ainsi le chapitre le plus important de l'histoire économique de BOLBEC.

Seuls nous restent ces échantillons, magnifiques témoins du passé industriel de la ville.


Extraits de la plaquette "Splendeur des indiennes de Bolbec"
réalisée par Alain Avenel et  Raymond Bernard

"Cette collection d'indiennes est en dépôt aux archives de la Ville Bolbec. Elle fait partie du fond d'archives du Conseil des Prudhommes de Bolbec, versé aux archives départementales de la Seine-Maritime"

Les indiennes sont protégées par un copyright. Toute reproduction et/ou imprimerie à des fins commerciales sans autorisation du Département de Seine-Maritime, est interdite.

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Scène flamande
Indienne à ta planche
LECOQ le jeune & fils
1829

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Oiseaux
LEMAITRE-LAVOTTE
1888

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Soleils
LEMAITRE-LAVOTTE
1896

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Planches gravées


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Scène orientale
LEMAITRE-LAVOTTE
1891

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Motifs persans
Jacques FAUQUET
1847

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Scène champêtre
BOUFFET
1829

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Bouquets
Vve Pierre POUCHET
1826

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Bouquets
LEMAITRE-LAVOTTE
1884

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Perroquets
LEMAITRE-LAVOTTE
1884

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Paysages
LEMAITRE-LAVOTTE
1883

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Le meunier et son âne
LEMAITRE-LAVOTTE
1891